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Nos ancêtres de Suisse

Les Rusterholz

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Armoiries de la famille Rusterholz, 1404.

Le nom RUSTERHOLZ ou RUSTERHOLTZ signifie "bois d'orme". C'est donc un toponyme qui est devenu un nom de famille.
Les plus anciennes mentions connues les situent en Suisse.






Cette histoire n'aurait probablement jamais été écrite sans mon ami Peter Duthaler, de Zurich, qui se prit d'intérêt pour cette famille bien compliquée et ne compta pas son temps dans les archives de Zürich. Et pourtant le point de départ était bien maigre, puisqu'il consistait en un document unique, l'acte de mariage de notre ancêtre Jean-Jacques RUSTERHOLZ avec Marguerite Adélaïde Charlotte LARCHER, fille d'un infirmier major, le 18 juillet 1821, à Domèvre-sur-Vezouze dans l'actuel département de la Meurthe et Moselle.

L'an dix huit cent vingt un le dix huit juillet à huit heures du matin, par devant nous Joseph Hurant Maire et Officier de l'état civil de la commune de Domèvre, canton de Blamont, département de la Meurthe, sont comparu Jean Jacques Rusterholz né le seize mai dix sept cent quatrevingt quinze à Zuric en Suisse, tisserand domicilié à Domêvre, fils majeur des défunts Gaspard Rusterholz décédé le dix sept juin dix huit cent onze à Zuric, et d'Elisabeth Wolfenperberg décédée le douze juin dix huit cent onze d'une part ;
et demoiselle Marguerite Adélaïde Charlotte Larcher, née le vingt six octobre dix sept cent quatre vingtdix à Rechicourt, domiciliée à Domêvre, fille majeure de défunt Joseph Félix Larcher, décédé le treize janvier dix huit cent douze à l'hôital militaire à Strasbourg, et d'Elisabeth Cluss domiciliée à Domêvre ci présente et consentante d'autre part.
Lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte de notre maison commune, savoir la première le huit juillet et la seconde le quinze du même mois, à l'huere de midi de l'an dix huit cent vingt un. Aucune opposition au dit mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à leur réquisition, après avoir donné lecture de toutes les pièces ci dessus mentionnées, et du chapitre six du titre du code civil intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse etc.


signature

On notera sur les signatures portées sur le registre que Jean-Jacques signe "Jacob".

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Registre des mariages
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Hans-Kaspar RUSTERHOLTZ (1721-?)
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Hans-Kaspar RUSTERHOLTZ (1753-1813)
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*** Jacob alias Jacques RUSTERHOLZ (1788-1845) ***
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Catherine-Virginie RUSTERHOLZ (1822-?)
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Emilie BRAUN (1852-1944)
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Jeanne DE MANNE (1871-1931)
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Jean-Pierre BARBIER (1898-1949)
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Dominique BARBIER





portrait

Catherine-Virginie RUSTERHOLZ




Jacob, alias (Jean-)Jacques

Jacob RUSTERHOLZ est né le 13 janvier 1788 à Wädenswil, sur la rive gauche du lac de Zurich, en Suisse, dans une famille sans doute assez pauvre puisque son père Hans-Kaspar, né dans cette ville en 1753, fils d'un maçon y né en 1721, et Anna Merk, sa fiancée d'alors, mère d'une petite Anna qui sera plus tard légalisée, ont reçu une amende en 1777 pour avoir rompu leur promesse de mariage pour des raisons financières. C'est du moins ce qu'on peut croire, mais la situation était sans doute plus compliquée quand on voit qu'Hans-Kaspar eut deux filles nées en 1777, Anna, née d'Anna MERK le 21 juin et Elizabetha, née d'Elisabetha WOLFENSBERGER le 20 décembre ! Hans-Kaspar dut donc faire un choix et c'est Elizabetha qu'il épousa à Wädenswil, sa ville natale, le 5 août 1777. Née le 13 septembre 1730 dans une commune voisine, elle était une descendante de Hans von WOLFSBERG qui vivait au château Hof Wolsberg aujourd'hui disparu, près de l'actuelle ville de Bauma, au nord-est de la Suisse, résidence de sa famille depuis le chevalier croisé Baldelbert (1233-1259), premier membre connu de cette famille.


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Le nom WOLFENSBERGER ou VOLFENBERGER est porté par les descendants de Hans von WOLFSBERG, né à la fin du XIVe siècle près de Bauma, en Suisse.




Hans-Kaspar RUSTERHOLZ et Elisabetha WOLFENSBERGER eurent 8 enfants, à savoir : Elisabetha (1777-1778) ; Hans-Konrad (1779-?) ; Hans-Heinrich (1781-1782) ; Johannes et Jacob, jumeaux nés en 1783 dont le second ne survivra que quelques mois ; Hans-Jacob (1785-1864), cordonnier de son état, qui émigra aux Etats-Unis en 1817 et fonda à Erie, Pennsylvanie, la branche américaine de cette famille ; notre ancêtre Jacob (1788-1845) et Gaspar (1789-?). Il semble que Hans-Jacob se faisait appeler Jacob, ce qui créa des confusions avec notre ancêtre Jacob, comme nous le verrons. Veuf le 22 mars 1807, Hans-Kaspar se remarie le 8 mars 1808, mais cette union ne donna pas d'enfants.

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Registre des familles de la commune de Wädenswil, canton de Zürich, Suisse, tome I, 1767ff, p. 533.
Staatsarchiv des Kantons Zürich, E III 132.9
En Suisse, chaque famille a sa commune d’origine, celle où le premier porteur du nom vivait et a été enregistré.
Les communes d’origine tiennent un Registre des familles dans lequel sont inscrits les évènements concernant cette famille, communiqués par les communes où ils se sont produits.



La révolte qui se déclencha en 1804 ne fut sans doute pas sans conséquence sur la vie de notre ancêtre !
Une fois happée par le tourbillon révolutionnaire français, la Suisse n’a plus aucun moyen d’échapper à la guerre qui va ravager l’Europe pendant seize ans. La présence de nombreuses troupes étrangères va considérablement appauvrir le pays. En 1799 la Suisse sert de champ de bataille lorsque les troupes autrichiennes et russes tentent, sans y parvenir, de déloger les Français.
La République helvétique devient rapidement ingouvernable. Le parlement est déchiré entre fédéralistes et républicains (favorables à un modèle centralisé) et le pays sombre dans la guerre civile, ce qui oblige Napoléon à intervenir comme « médiateur ».
En mars 1803 il décrète l’Acte de Médiation qui ne conserve presque rien de la république centralisée mise en place cinq ans auparavant. L’Acte de Médiation restaure l’ancien système fédéral en élevant toutefois les anciens sujets au rang de cantons. Il crée six nouveaux cantons : Argovie, Grisons, St-Gall, Tessin, Thurgovie et Vaud. C’est la première fois que de nouveaux membres entrent dans la Confédération depuis 1513.
La nouvelle constitution reconnaît implicitement la neutralité helvétique, mais la Suisse doit encore fournir des troupes à Bonaparte, une mesure très impopulaire. Et même si le nombre de soldats fournis sera progressivement ramené de 18 000 à 12 000, de nombreux Suisses mourront au combat sous la bannière tricolore.
Mais l'introduction de nouvelles lois sous la Médiation provoqua le mécontentement de la population rurale vivant au bord du lac de Zurich. L'incendie du château de Wädenswil le 24 mars 1804 déclencha le signal de la révolte. Menés par le cordonnier Hans Jakob Willi de Horgen, six cents hommes des communes de la rive gauche du lac de Zurich et du bailliage de Knonau marchèrent sur Zurich; et, le 28 mars, à Bocken en dessus de Horgen, ils l'emportèrent contre les troupes gouvernementales conduites par le colonel Jakob Christoph Ziegler. Le Landamman de la Suisse, Niklaus Rudolf von Wattenwyl, mobilisa des troupes bernoises et argoviennes avant même qu'une demande de secours officielle de Zurich ne lui parvienne. Il brisa la révolte à Affoltern am Albis et mit fin à la guerre le 3 avril. La région fut occupée, désarmée et soumise à une contribution de guerre, Willi et deux autres meneurs exécutés.

C’est dans ce contexte troublé que grandit Jacob RUSTERHOLZ, et en 1803 il a 15 ans.



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Wädenswil, charmant village sur la côte sud du lac de Zurich, berceau de la famille Rusterholz.



Divers documents nous apprennent que Jacob eut de sérieux problèmes à l'époque de son service militaire. Jusqu'en 1798 l'organisation militaire de la Suisse était une affaire exclusivement cantonale. La République Helvétique nouvellement proclamée, inscrivit dans sa Constitution et dans les règlements militaires de 1804 et 1807 le principe d'une armée fédérale de citoyens inspiré des armées révolutionnaires françaises et américaines. En 1808, Jacob eut 20 ans et fut enrôlé dans les "Standes Truppe" de fort mauvaise réputation. Il déserta le 27 juillet 1809 et s'enfuit en Alsace ...

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Caporal d'une Standeskompanie (1833) et la caserne de la Standeskompanie de Bâle.



Tout d'abord, le 31 juillet 1809 le commandant de la troupe a informé le gouvernement de Bâle que le caporal Caspard [en fait Jacob] Rusterholz de Wädenswil, engagé le 11 août 1808, avait déserté le 27 juillet 1809. Il avait dérobé l'argent du ravitaillement collecté dans sa salle ainsi que la veste de son frère, qui avait commencé le service dans la troupe en juillet. La dette de Caspard (24 ans, taille 5-2-6) se montait à 51.85 fr. Ce frère était probablement le frère cadet Caspar, né 1789, parce qu'un Caspar Rusterholz est dans les listes des soldes de 1810 (sans détails).

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Le 2 août 1809, le gouvernement de Bâle a demandé au gouvernement de Zurich de lancer une enquête. Dans sa réponse du 24 août, le président Reinhardt, du canton de Zurich, informe que le sous-préfet Hotz à Oberrieden avait interrogé le père Caspar Rusterholz à Wädenswil. Le père savait que son fils Hans Jakob (souligné dans la lettre de Zurich) s'était engagé dans la Standestruppe de Bâle et que le fils Caspar travaillait à Berne, mais il avait aucune connaissance de la désertion de Hans Jakob et de son séjour actuel. Le gouvernement de Zurich a donc informé la commission judiciaire qu'il fallait trouver et arrêter Hans Jakob, et non pas Caspar. [Il n'est pas clair si Hans Jakob a utilisé le nom de son père ou frère ou si le secrétaire de la troupe a confondu les noms].

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Nous avons ensuite la traduction d'un document en Allemand, daté de 1810, reproduit par Wallace Rusterholtz, professeur d'Histoire à Chicago et auteur d'un livre sur les descendants de Hans-Jacob, frère de notre Jacob, qui avait émigré en 1817 et s'était établi à Erie, en Pennsylvannie.
"Après que Jacob [en fait Hans Jacob] Rusterholtz, de cet endroit, se soit présenté à la mairie de Wädenswil et donné les informations que lui et son frère portent le même nom, et que ce dernier a été coupable de désertion de la Compagnie locale de Bâle, et qu'il [le dernier] ait commis des actes répréhensibles, et que lui [le premier] a été arrété et confondu avec son frère et relaché après deux jours d'emprisonnement grâce au témoignage d'un troisième frère, et a reçu le conseil du Commissariat Central de Police de Bâle de se présenter à l'Honorable Président du Conseil Lahn [le maire, je suppose], et qu'il ait eu besoin de papiers montrant son droit de demeurer dans cette endroit, nous avons l'honneur d'informer l'Honorable Président du Conseil [Council President] : Premièrement, que d'après les registres de baptême de cette Congrégation, il y a 2 frères portant le même nom avec seulement une petite différence [j'ai lu que Hans-Jacob n'avait jamais utilisé le "Hans" et se faisait appeler Jacob tout court] ; Deuxièmement, que Jacob Rusterholtz, d'après les enquêtes, un cordonnier de profession, a été itinérant et n'est pas celui qui est coupable de désertion, mais que le frère, d'après une lettre de son père datée du 16 janvier, vivait à Walzenhausen et a reçu la juste punition de son acte de désertion. Comme il est certain que les papiers qui sont entre les mains du Président du Conseil vont montrer son innocence, nous demandons respectueusement que ses excuses soient entendues et qu'il soit acquitté car il n'y a rien de connu à son encontre."

Il faut savoir que la réputation de la Standes-Kompagnie à Bâle - une combinaison de police et de militaire, dans laquelle il y avait toujours des Zurichois - n'était pas bonne ... Ceci peut expliquer l'acte de désertion.

Ensuite, le 3 février 1810 le juge d'instruction de Berne, M. von Wattenwyl, informe la police de Zurich qu'on avait arrêté à Berne le déserteur Hans Jacob Rusterholz de Wädenswil suite à un mandat d'arrêt de Bâle. Il était remis en liberté sous une caution de son frère Conrad Rusterholz (*1783), domicilié à Berne.

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Le 6 février 1810, la police de Zurich confirme à M. von Wattenwyl que selon les rapports de la municipalité et du pasteur de Wädenswil, le déserteur n'est pas "Hans Jacob" mais son frère "Jacob" qui séjournerait actuellement à Mulhouse.

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Pour éviter d'être arrêté, Jacob quitte la Suisse pour s'installer en Alsace. D'abord à Mulhouse, semble t'il, puis à Domèvre-sur-Vezouze, alors en pleine expansion, avec notamment la création d’une faïencerie, d’une filature, d’un tissage etc. et où il y avait alors une forte demande de tisserands. Une description de la ville faite en 1836 la signale comme une des plus industrieuses localités du département où on y remarque plusieurs tissages et une très-belle filature. Il exerce ce métier et épouse, le 18 juillet 1821 Charlotte LARCHER, d'une famille de Réchicourt-le-Château dans la Moselle. Au cours du mariage fut légitimé leur fils Joseph, que Charlotte avait mis au monde le 3 février précédent ! L'acte de mariage, reproduit plus haut, nous montre qu'il a francisé son prénom en "Jean-Jacques" (et plus tard "Jacques") ; il signe néanmoins Jacob. Son épouse lui donne 7 enfants : cinq sont nés à Domèvre entre 1821 et 1828, un à Haguenau en 1832 et un dernier, Auguste, le 6 février 1835, à Bischwiller où la famille s'était établie pour son importante industrie textile et où trois des fils se marieront. Sur les actes de mariage des deux premiers, il est écrit : "fils de Jacques Rusterholz, tisserand, absent de son domicile depuis 1837, sans que son domicile actuel ne soit connu puisqu'il n'a point donné de ses nouvelles pendant un laps de temps" et sur celui du dernier : "fils de Jacques Rusterholz, âgé de 73 ans, profession de tisseur sur coton, autrefois domicilié à Hanhoffen, annexe de Bischwiller, absent de son domicile depuis le mois d'octobre 1837, ainsi que cela est constaté par un acte notarié ci-joint". [source Service culturel de la Mairie de Bischwiller]

On retrouve cette même information sur l’acte de mariage de sa fille, notre ancêtre Catherine-Virginie RUSTERHOLZ, avec Théophile BRAUN, le 5 août 1847 à Strasbourg. La mention suivante concernant Jean-Jacques est portée sur le registre : "tisserand, dont le domicile est inconnu, étant absent sans nouvelles depuis onze ans."

Où a donc disparu Jacob en octobre 1837 ?

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Naissances à Domèvre

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Naissances à Haguenau et Bischwiller

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Mariages à Bischwiller

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Mariage à Strasbourg




Jacob a en fait abandonné femme et enfants pour s'en retourner dans son village natal en Suisse ! Le mal du pays ? Des mesures d'amnistie ? Un évènement familial ? A ce stade nous l'ignorons. Toujours est-il qu'on le retrouve en 1844 à Rothaus (Rothus), au sud du centre de Wâdenswil, à l'occasion de son mariage, le 14 octobre, avec Elisabeth Baumann de cette même ville. Il est qualifié tisserand (weber) ce qui montre qu'il exerce toujours ce même métier. Le fait qu'on ne trouve aucune sentence du tribunal matrimonial en 1843 et 1844 concernant le mariage de Jacob à Wädenswil indique qu'il a très probablement caché son premier mariage en France. Sa deuxième femme mourra dans la maison des pauvres de la commune.

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